À Genève, une part importante des salariés du secteur privé est imposée non pas par voie de déclaration ordinaire, mais par retenue à la source effectuée directement par l'employeur. Ce mode de perception concerne en premier lieu les travailleurs étrangers sans permis d'établissement, mais aussi une catégorie propre au canton : les frontaliers français. Pour l'employeur genevois, c'est une obligation légale exigeante, dont les erreurs se répercutent directement sur sa propre responsabilité.
Ce guide explique le mécanisme de l'impôt à la source tel qu'il s'applique dans le canton de Genève, sans reproduire de barème chiffré : les taux et seuils sont publiés et mis à jour chaque année par l'administration fiscale cantonale, et doivent toujours être vérifiés à la source. Établie au Boulevard Georges-Favon à Genève, AX-Fiduciaire accompagne les employeurs du canton dans cette gestion au quotidien.
Qui est imposé à la source dans le canton de Genève ?
Le principe de l'impôt à la source est de faire porter la perception de l'impôt sur le revenu par l'employeur, plutôt que sur le contribuable lui-même, pour les catégories de personnes qui n'ont pas vocation à remplir une déclaration ordinaire. À Genève, sont concernés :
- Les travailleurs étrangers domiciliés à Genève titulaires d'un permis B (séjour), L (courte durée), F (admission provisoire) ou N (requérant d'asile). Le permis d'établissement C fait sortir la personne du régime de la source.
- Les frontaliers titulaires d'un permis G, résidant hors de Suisse et exerçant leur activité à Genève — un cas traité plus loin, car le canton applique ici une règle qui lui est propre.
- Les administrateurs et membres de direction domiciliés à l'étranger qui perçoivent des tantièmes ou jetons de présence d'une société genevoise.
- Les artistes, sportifs et conférenciers domiciliés à l'étranger qui se produisent dans le canton.
- Les bénéficiaires de prestations de prévoyance (2e pilier, 3e pilier lié) domiciliés hors de Suisse au moment du versement.
Dès l'obtention du permis C, ou en cas de mariage avec une personne de nationalité suisse ou titulaire d'un permis C, le salarié quitte le régime de l'impôt à la source et passe à la taxation ordinaire, avec dépôt d'une déclaration annuelle.
Les obligations de l'employeur genevois
L'employeur qui verse un salaire à une personne imposable à la source devient, dans le vocabulaire de l'administration fiscale, débiteur de la prestation imposable. Ce statut emporte plusieurs obligations dans leur principe :
1. Affiliation auprès de l'administration fiscale cantonale
Tout employeur genevois occupant au moins un salarié soumis à la source doit s'annoncer auprès de l'administration fiscale cantonale et obtenir un numéro de débiteur. Cette démarche précède la première retenue et conditionne la validité des décomptes ultérieurs.
2. Retenue mensuelle sur le salaire
Chaque mois, l'employeur calcule l'impôt dû selon le barème applicable à l'employé et le prélève directement sur le salaire brut, avant versement du salaire net. La base de calcul intègre en principe l'ensemble des éléments de rémunération réguliers et occasionnels (salaire de base, 13e salaire, primes, avantages en nature), à l'exclusion des allocations familiales et des remboursements de frais effectifs justifiés.
3. Décompte et versement
L'employeur transmet à l'administration fiscale cantonale un décompte des retenues opérées, selon une périodicité fixée par le canton, et lui verse les montants correspondants dans le délai imparti. En contrepartie de ce rôle d'intermédiaire, il perçoit une commission de perception dont le taux est déterminé par le canton et publié par l'administration.
4. Suivi des changements de situation
L'employeur doit répercuter tout changement affectant le barème dès le mois suivant sa survenance : mariage, naissance, divorce, début ou fin d'activité du conjoint, obtention du permis C, changement de domicile. Un décalage dans la mise à jour du barème est l'une des causes les plus fréquentes de rattrapage.
Le choix du barème : ce qui le détermine
Le barème applicable à un salarié imposé à la source dépend d'un faisceau d'éléments propres à sa situation personnelle, et non d'un choix laissé à l'employeur ou à l'employé :
- La situation civile : célibataire, marié, séparé, divorcé, veuf, ou famille monoparentale.
- L'activité du conjoint : un couple marié dont les deux conjoints travaillent en Suisse relève d'un barème différent de celui où un seul conjoint est actif.
- Le nombre d'enfants à charge, qui module le barème de base.
- Le canton déterminant : pour un résident, c'est le canton de domicile ; pour un frontalier, c'est en principe le canton où l'activité est exercée, soit Genève dans le cas qui nous occupe.
Selon les barèmes 2026 de perception publiés par l'administration fiscale cantonale genevoise le 5 décembre 2025, un employeur genevois applique l'un des quatre barèmes suivants. Le chiffre qui suit la lettre indique le nombre d'enfants à charge (0 = aucun, 1 = un enfant, etc.) :
- Barème A : célibataire, veuf, séparé ou divorcé sans enfant à charge ; également applicable en cas de garde alternée d'enfants mineurs, d'union libre ou de concubinage sans enfant, ou de PACS français sans enfant.
- Barèmes A1 à A5 : si le contribuable verse une pension alimentaire de plus de CHF 12'000 par an, il peut demander à en bénéficier. Point d'attention pour l'employeur : ces déclinaisons ne s'appliquent que sur décision de l'administration fiscale cantonale, jamais sur simple déclaration de l'employé.
- Barème B (déclinaisons B0 à B5) : personne mariée ou en partenariat enregistré dont le conjoint n'exerce pas d'activité lucrative en Suisse.
- Barème C (déclinaisons C0 à C5) : personne mariée ou en partenariat enregistré dont le conjoint perçoit aussi un revenu, en Suisse ou à l'étranger, d'une activité lucrative ou de prestations d'assurance. Le barème retient un revenu théorique du conjoint égal à celui du contribuable, plafonné à CHF 70'500 depuis le 1er janvier 2026.
- Barème H (déclinaisons H0 à H5) : familles monoparentales — personne célibataire, divorcée, séparée ou veuve vivant seule avec des enfants à charge.
⚠️ Deux barèmes ne doivent jamais être appliqués par un employeur genevois : le barème G, qui concerne les revenus acquis en compensation versés directement par une caisse (accidents, invalidité, chômage, maternité), et le barème D, qui concerne le remboursement de cotisations AVS par la Centrale de compensation. Ces deux barèmes sont réservés à d'autres débiteurs de la prestation imposable que l'employeur ; les confondre avec A, B, C ou H est une erreur de barème à part entière.
Les tableaux détaillant, pour chaque barème et chaque tranche de revenu, le taux applicable ne figurent pas dans ce guide : ils sont publiés annuellement par l'administration fiscale cantonale genevoise et doivent toujours être vérifiés à la source pour un cas précis. L'administration met à disposition sur ge.ch une calculette de l'impôt à la source qui permet de déterminer le montant exact dû pour une situation donnée.
Le cas particulier des frontaliers titulaires d'un permis G
Genève se distingue de la plupart des autres cantons frontaliers suisses par le traitement fiscal qu'il réserve aux travailleurs frontaliers français. En application de l'accord fiscal franco-suisse propre au canton, les frontaliers domiciliés dans la zone frontalière française et employés à Genève sont, en principe, imposés à la source dans le canton — alors que la règle générale des conventions de double imposition tend à imposer le frontalier dans son État de résidence. Genève reverse en contrepartie une compensation financière aux départements français concernés, selon un mécanisme propre à cet accord.
Ce régime a des implications directes pour l'employeur genevois qui recrute un frontalier : le barème G s'applique, avec ses propres règles de détermination, et toute évolution du mode de travail — télétravail partiel depuis la France, changement de canton d'activité — doit être examinée avec attention car elle peut modifier le rattachement fiscal. Ces situations mêlent droit fiscal suisse et droit fiscal français ; un examen au cas par cas est recommandé dès qu'un doute existe.
La taxation ordinaire ultérieure (TOU) et la rectification
Le régime de l'impôt à la source repose sur des barèmes forfaitaires, qui ne tiennent compte que de manière standardisée des déductions habituelles. Le système prévoit donc des mécanismes permettant de revenir à une taxation individualisée, ou de corriger une erreur ponctuelle.
Taxation ordinaire ultérieure obligatoire
Un contribuable domicilié en Suisse et imposé à la source à Genève bascule obligatoirement vers la taxation ordinaire ultérieure lorsque son revenu brut annuel dépasse un seuil fixé par l'administration fiscale cantonale, ou lorsqu'il dispose d'éléments de fortune ou de revenus non soumis à la retenue (revenus immobiliers, activité indépendante, revenus de source étrangère). Le seuil exact, révisé périodiquement, doit être vérifié auprès de l'administration ; nous ne le chiffrons pas ici.
Taxation ordinaire ultérieure sur demande
En deçà de ce seuil, un résident suisse imposé à la source peut demander volontairement la TOU, dans le délai fixé par l'administration fiscale cantonale pour l'année en cause. Cette démarche est intéressante lorsque le contribuable peut faire valoir des déductions non intégrées au barème forfaitaire : rachats de 2e pilier, frais professionnels effectifs supérieurs au forfait, pensions alimentaires versées, frais de garde d'enfants. La demande est en principe irrévocable pour la durée de l'assujettissement à la source.
Rectification d'une retenue erronée
Si le barème appliqué s'avère incorrect, deux voies existent selon le moment où l'erreur est identifiée : une correction par l'employeur lui-même, possible dans un délai fixé par l'administration cantonale, ou une réclamation du contribuable déposée directement auprès de l'administration fiscale cantonale genevoise dans le délai légal courant dès la notification de la retenue. Dans les deux cas, la démarche ne dispense pas de continuer à payer l'impôt retenu dans l'intervalle.
Les erreurs fréquentes constatées à Genève
- Barème non actualisé après un mariage, une naissance ou un changement d'activité du conjoint, alors que la mise à jour doit intervenir dès le mois suivant.
- Omission d'un élément de salaire dans la base de calcul : primes, avantages en nature, ou part variable non intégrée à la retenue mensuelle.
- Application du mauvais canton déterminant, notamment lorsqu'un salarié change de domicile en cours d'année sans en informer l'employeur.
- Confusion sur le statut du frontalier, en particulier en cas de télétravail partiel depuis la France, qui peut modifier la répartition du droit d'imposer.
- Délai de demande de TOU manqué, ce qui prive le contribuable de la possibilité de faire valoir des déductions individuelles pour l'exercice concerné.
Ces erreurs ont un coût réel : l'employeur reste solidairement responsable du versement de l'impôt à la source, et un rattrapage peut s'accompagner d'intérêts moratoires. C'est pourquoi une gestion rigoureuse, avec des barèmes vérifiés à chaque changement de situation, est indispensable dès qu'une entreprise emploie du personnel soumis à la source.
Ce que fait AX-Fiduciaire
Établie au cœur de Genève, AX-Fiduciaire connaît les pratiques de l'administration fiscale cantonale genevoise et accompagne les employeurs du canton dans la gestion complète de l'impôt à la source : détermination du barème à l'embauche de chaque salarié, retenues mensuelles intégrées à la gestion des salaires et des charges sociales, décomptes et versements à l'administration, suivi des changements de situation et accompagnement des dossiers de taxation ordinaire ultérieure. Cet accompagnement s'inscrit dans nos prestations plus larges de comptabilité et de conseil fiscal pour les entreprises basées à Genève, y compris celles en cours de création.
Bon à savoir : les barèmes et taux de l'impôt à la source sont publiés et actualisés chaque année par l'administration fiscale cantonale genevoise. Aucun chiffre reproduit sur un site tiers ne remplace une vérification directe pour un cas précis. Pour toute question sur votre situation, comparez aussi les régimes des autres cantons sur notre page taux d'imposition par canton, ou demandez une offre à notre fiduciaire genevoise.
Sources
- Barèmes 2026 de perception de l'impôt à la source (ge.ch)
- Calculette des barèmes de perception de l'impôt à la source (ge.ch)
Informations vérifiées le 23 septembre 2026. Les taux et barèmes sont revus périodiquement : vérifiez la date de publication à la source avant toute décision.